El Fostan de Pitagra / La Robe Couleur Abricot

La robe couleur abricot , El fostan de pitagra
de Mathilde Elias-Pessah et Evelyne Nahmias



Mathilde Elias-Pessah née à Paris dans une famille juive du XI° arrondissement a vécu dans le milieu sépharade d’avant- guerre et Evelyne Nahmias, née après la guerre dans ce même milieu, psychologue clinicienne, sensibilisée au monde de l’enfance. Elles ont décidé d’écrire un livre à deux mains. Voici donc le fruit de leur collaboration : un roman épistolaire qui nous raconte avec légèreté, humour et tendresse la vie de deux familles judéo-espagnoles dans le Paris du XI°arrondissement qui les a accueillies.


Le second titre du livre, requiert une explication pour les lecteurs qui auraient oublié les belles sonorités de la langue de leurs " nonas " "el fostan de pitagra" (une robe en pâte d ‘abricot " La pitagra", également appelé pistil du turc pestil) est une confiserie que l’on trouve dans les épiceries orientales, elle est à base de pulpe d‘abricots séchés ; la pâte obtenue est aplatie et se présente sous forme de feuilles minces de couleur orangée ou de rouleaux que l’on débite à la demande. Son aspect qui suggère celui d'un tissu est à l’ origine de cette boutade. Comme nous l’expliquent si bien les auteurs, le fostan de pitagra c’est la robe que " nous avons bâtie peu à peu avec nos récits. Cette robe est d’une étoffe particulière, inconnue des autres, celle de la mémoire souriante et moqueuse des Juifs de Turquie ; elle n’est pas à vendre, mais nous pouvons vous l’offrir."

Ce cadeau est clairement annoncé dans la première lettre de Mathilde à Evelyne : " Je veux bien marcher à tes côtés et remonter avec toi le chemin pour retrouver l’atmosphère, les coutumes, les grands principes de nos foyers judéo-espagnols. Il traverse des zones d’ombre et des clairières ensoleillées, il disparaît sous les taillis puis reparaît au loin et nous savons alors que nous ne nous sommes pas perdues."
Quatre chapitres pour ce parcours :
" Aki estamos ", ici nous sommes " Por aki o por aya ", Deci, delà, cahin caha" Los muestros ", les nôtres
" Ke haber ? " quoi de neuf?

La galerie des personnages de chaque famille est émouvante car à travers eux c’est l’histoire éternelle du peuple juif : partir, s’installer, subir une guerre, enraciner les enfants, continuer. Le père, Albert Elias né à Paris parlait bien sûr le français, mais s’exprimait en arabe avec ses parents qui avaient quitté l’Irak au début du siècle. Avec sa femme originaire de Turquie, il entre dans le monde judéo-espagnol. Après avoir été employé dans un magasin, il ouvre sa propre «botika » qui fait vivre la famille jusqu’à l’ignoble aryanisation des biens juifs de 1940 et la déportation dont il ne revient pas.
Il y a la grand- mère toujours près du feu car en France elle a froid. Elle est arrivée à 25 ans à Paris venant d’Irak et ne sait pas le français. Elle attend le retour de son fils, le soir, pour s’exprimer un peu en arabe, mais elle converse avec sa petite fille, l’auteur de ce livre, à qui elle raconte sa vie.
" Je t’aimais bien grand-mère à la peau si douce, grand mère dont j’ai hérité les fines attaches " el pousso de la vava "(le poignet de la
grand-mère).
Un ensemble de documents, photographies, lettres, poèmes, généalogie des familles complète avec bonheur ce livre. À ceux qui connaissent cette culture, il servira de madeleine de Proust leur rappelant la vie de leurs familles, les autres découvriront dans Paris, une île de séfardisme, avec ses coutumes, sa chaleur et sa joie de vivre. Vous avez dit transmission aux enfants de vos valeurs… . Courez leur faire lire ce livre tendre et
émouvant.

Charles Leselbaum

La robe couleur abricot, El fostan de pitagra
de Mathilde Elias-Pessah et Evelyne
Nahmias, édition l’Harmattan,
300 pages, Paris 2008,
ISBN 978-2-296-05448-6

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