Muestra lingua


Le judéo-espagnol ou djudio est la langue vernaculaire des juifs exilés d'Espagne et dispersés parmi les pays de l'ancien Empire Ottoman (Grèce, Turquie, Bulgarie, Bosnie, Macédoine...) mais aussi à Livourne, Bordeaux, Amsterdam et en Afrique du Nord.

Le judéo-espagnol a pour origine le castillan du XVème siècle que les juifs ont emporté avec eux dans l'exil. Il s'est enrichi au fil du temps des apports du grec, du turc, de l'italien, de l'hébreu, du français, la plupart des judéo-espagnols cultivant le plurilinguisme.

Il se distingue du ladino, langue calquée de l'hébreu et utilisée pour faciliter l'accès de tous les locuteurs du castillan, puis du judéo-espagnol, aux textes religieux (Agada en ladino par exemple). Le ladino ne se parle pas, mais se lit, se psalmodie et s'écrit dans un contexte religieux.

Le judéo-espagnol connaît de nombreuses variations suivant les villes et les pays d'origine. Au Maroc, le judéo-espagnol a évolué vers une forme particulière, la haketiya qui s'est réhispanisée à la fin du XIXème siècle sous l'influence espagnole.

Plusieurs modes de représentation graphiques coexistent : les caractères d'impression Rachi et la cursive orientale qui lui est associée, le solitreo, sont hérités de l'hébreu. Ils ont été progressivement supplantés à partir de la fin du XIXème siècle par les caractères latins suivant plusieurs systèmes de transcription.

Une littérature et une presse en judéo-espagnol s'est développée au XIXème siècle et a gagné son autonomie par rapport aux publications à caractère religieux. Vienne, qui compte une importante diaspora judéo-espagnole, constitue le principal centre d'édition en 1900 mais de nombreux titres en judéo-espagnol naissent aussi à Salonique, Istanbul, Izmir, Sofia, Edirne...

Le judéo-espagnol était le support d'une culture et d'une vie communautaire autonome maintenue en dépit des siècles d'éloignement avec l'Espagne. Il constituait une sorte de lingua franca de l'Empire Ottoman permettant à toutes les communautés de communiquer entre elles mais aussi de commercer avec l'Occident. Il a été en outre le moteur de l'intégration d'autres communautés juives: romaniotes de Grèce, ashkénazes fuyant les pogromes de Pologne au XVIIème siècle.

Il connaît toutefois un déclin important à la fin du XIXème siècle qui s'accélère dans la première moitié du XXème siècle sous l'effet de trois facteurs: l'occidentalisation et la laïcisation des communautés notamment sous l'effet de l'enseignement de l'Alliance Israélite Universelle; le français supplante alors le judéo-espgnol comme vecteur de la modernité; l'éclatement de l'Empire Ottoman et l'émergence de nouvelles identités nationales (turque, grecque, bulgare...) que les juifs doivent impérativement adopter: l'usage du judéo-espagnol se replie alors dans la sphère domestique; l'exil et la Shoah enfin qui dispersent et déciment les communautés (96% des juifs de Salonique sont déportés et pour la plupart exterminés).

Malgré une disparition annoncée comme inéluctable, le judéo-espagnol se maintient comme langue de culture en Israël (Tel-Aviv et Jérusalem), en Turquie (Istanbul, Izmir) et connaît un regain d'intérêt parmi les quelques 300 000 descendants de judéo-espagnols disséminés à travers le monde dont certains poursuivent assidûment la recherche de leurs origines. Grâce à Haïm Vidal-Séphiha et à Marie-Christine Varol, il bénéficie d'un enseignement universitaire de haut niveau en France. Des dictionnaires sont publiés tel le remarquable dictionnaire du judéo-espagnol salonicien composé par Joseph Néhama et édité par
La Lettre Sépharade de Jean Carasso. Un cercle de discussion en judéo-espagnol sur internet, ladinokomunita, fondé en 2000 par Rachel Amado Bortnick depuis les Etats-Unis, connaît un succès non démenti par le temps. En Espagne, un intérêt ancien et soutenu continue de se manifester pour cette langue dont les tournures et les formes sont celles du Siècle d'Or espagnol.


L'avenir du judéo-espagnol dépend un peu de chacun d'entre nous, du temps que nous y consacrons, des rencontres qu'il peut encore nous apporter, de notre envie... Dans un monde de plus en plus standardisé, normalisé, mondialisé nous avons toujours besoin de faire entendre une note originale. A nous de prouver que le judéo-espagnol est encore bien vivant !


Pour en savoir plus : Gaëlle Colin
et Michaël Studemund-Halévi sur le judéo-espagnol et le ladino (émission "Danse des mots" sur RFI le 20 septembre 2011).

Ecouter un entretien en judéo-espagnol sur le site du corpus des langues de France


Un choix de 72 entretiens en judéo-espagnol téléchargeables sur le site du Centre de Ressources pour la description de l'Oral du CNRS

Ecouter un entretien filmé en judéo-espagnol

 





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François Azar,
25 nov. 2012 à 00:03
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François Azar,
23 sept. 2011 à 02:42
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