Le Temps de l'Espagne



Synagogue de style mudejar Santa Maria La Blanca
fondée en 1203 à Tolède.


La culture judéo-espagnole est pluri-millénaire : des communautés juives sont attestées en Espagne dès le haut Empire romain et certains font remonter cet établissement légendaire au règne du roi David.

Longtemps, la culture judéo-espagnole a été dominante, voire hégémonique, en Diaspora. Les rabbins, les philosophes, les poètes de Sepharad, ont été à l’origine d’œuvres universelles témoignant d’une renaissance intellectuelle au cœur du Moyen-âge. Ils bénéficiaient d’un pays situé géographiquement et culturellement au carrefour des influences latines, grecques et arabes.

L’enracinement des juifs en Espagne était profond. Les paysages mêmes de l’Espagne, son climat, ses moeurs méditerranéennes et ses coutumes sémitiques n’étaient pas sans évoquer la terre d’Israël. Au XIIIème siècle, de grandes villes espagnoles comptaient selon des estimations de 20 à 30% de juifs, soit des proportions comparables aux grandes villes de Pologne d’avant la Shoah.

Le statut des juifs en Espagne suivit lui-même un cheminement très différent des autres communautés juives d’Occident. Dans la lente et confuse reconquista de l’Espagne par les chrétiens, les juifs ne furent qu’épisodiquement et tardivement inquiétés. La plupart des métiers leur restaient ouverts, avec une prédilection pour les métiers de l’artisanat et du commerce. Une fraternité de « Nation » à « Nation » encouragée par les souverains, et faite de repas, de bains, de fêtes et d’habitudes communes liait les juifs et les chrétiens. Mieux les juifs trouvaient dans le morcellement de l’Espagne une terre favorable aux échanges et aux alliances nobiliaires. Des juifs conseillaient couramment des Princes. Certains portaient des armes… Ils cultivaient ouvertement une fierté tribale contrastant avec le statut de parias des autres juifs d’Occident.

Cet orgueil du lignage allait cependant de pair avec une attitude très souple en matière de moeurs et de religion. L’influence de la philosophie grecque, du « maïmonisme » et de « l’avéroïsme », conduisait nombre de fidèles, parmi les plus illustres, à s’écarter de la lettre des textes sacrés et à adopter une pratique relâchée de la religion dont s’accommodaient plus ou moins bien les rabbins. Ces traits sont importants, car ils forment, jusque dans l’exil, le type même du judéo-espagnol. Ce type juif marqua fortement la culture espagnole au moment où refluait lentement l’influence arabe et en retour les juifs d’Espagne s’assimilèrent très profondément à toutes les composantes de la culture espagnole …

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