Le Cimetière Portugais de la rue de Flandres

Photo : Aki Estamos  


Au 44 rue de Flandres
, dans le 19ème arrondissement de Paris, se dissimule derrière les murs de hauts immeubles modernes, les vestiges de l'ancien cimetière Portugais dont la fondation remonte à la fin de l'Ancien Régime. Il témoigne du statut précaire des juifs parisiens jusqu'à la Révolution. Avant l'ouverture de ce cimetière, les juifs parisiens, en théorie proscrits du Royaume depuis l'édit de Charles VI de 1394, étaient plus ou mois tolérés comme ressortissants "Portugais". Les inhumations suivant le loi mosaïque étant proscrite dans Paris, les enterrements se pratiquaient hors les murs de façon discrète et nuitamment dans le jardin d'une auberge
A l'Etoile.

En 1765, ce lieu, au niveau de l'actuel 44, rue de Flandres, était connu comme le cimetière de Juifs. A la suite d'une succession, le jardin passa entre les mains d'un écorcheur, le sieur Matard, qui utilisa aussi le terrain pour ensevelir des restes d'animaux. Devant ce scandale, Jacob Rodrigues Pereire, "agent" de la communauté juive portugaise à Paris, réussit à obtenir l'autorisation  d'acheter un jardin voisin pour en faire un véritable cimetière, sans accès direct sur la rue toutefois. Il acquit cette parcelle le 3 mars 1780 et décéda le 15 septembre suivant. Il y fut inhumé; ses restes furent ensuite réunis en 1876 à ceux de ses descendants dans le caveau des Pereire, au cimetière de Montmartre.



Une tombe importante est celle de Salomon Perpignan, mort le 22 février 1781 : il a laissé un nom comme fondateur de l'Ecole gratuite de dessin en 1767, école qui fut l'ancêtre de la Petite Ecole qui préparait à celle des Beaux-Arts avant de devenir l'Ecole des Arts Décoratifs. Perpignan était syndic des Juifs d'Avignon.

Ce cimetière demeura en fonction sous la Révolution, comme le montre une épitaphe sur la tombe de Samuel Fernandes Parto, décédé en 1794: "J'aime mieux ma situation que l'esclavage. Ô âme immortelle, cherche à vivre libre ou suis-moy comme un bon républicain." En 1809, la propriété du cimetière passa au consistoire de Paris, qui le ferma définitivement en 1810, la communauté disposant désormais d'un carré au Père-Lachaise.


Inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis le 3 janvier 1966, le cimetière qui dépend de l'ACIP, a fait l'objet de travaux d'entretien
ces dernières années.

Source : Guide du Patrimoine Juif Parisien, Dominique Jarrassé, éditions Parigramme 2003.
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